Septembre
Septembre
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Quand Arthur Rimbaud prend la route, Septembre annonce les vendanges, déjà : ses gouttes sont « un vin de vigueur ».
Septembre est peut-être l'un de mes mois préférés : c'est un mois très particulier, je trouve, entre l'été et l'automne. Il est traversé d'énergies différentes, presque contradictoires : la chaleur rémanente du plein été, une lumière qui commence à changer, les premiers labours déjà et la rentrée des classes, quelque chose que l'on quitte et un nouveau cycle qui s'ouvre. C'est un temps de deuil et de naissance, à la fois. Il est souvent intense en émotions.
J'imagine qu'on le vit très différemment selon les âges de la vie : l'enfance l'entrevoit sous les couleurs de l'école, très souvent. L'âge de la maturité active sous l'angle de la reprise. Tous, nous reprenons nos cartables, d'une façon ou d'une autre. Mais l'âge plus avancé, lui, en profite peut-être le mieux. Je vois ces personnes âgées qui poursuivent leurs vacances, et je les envie un peu. Sans doute retrouvent-elles quelque vin de vigueur dans les campings plus calmes, les plages désormais revenues à elles-mêmes... Voilà des perspectives de vieillesse réjouissantes !
C'est d'ailleurs en Septembre que se trouve, au Japon, le jour dédié au respect des personnes âgées (敬老の日, Keirō no hi) : c'est un jour férié célébré, depuis 2003, le troisième lundi du mois de septembre. Cette année 2026, ce sera donc le lundi 21 septembre.
Mêlé et propice aux joies comme aux pleurs, Septembre l'est déjà dans l'imaginaire antique : c'est à cette période de l'année que les Grecs célébraient les grands Mystères d'Éleusis, consacrés à Déméter, la grande déesse-mère, et à sa fille Perséphone. On y célébrait la générosité de la terre et le cycle des saisons, tandis que Déméter pleure la perte de sa fille descendue aux Enfers. Dans la religion catholique, le mois de septembre est traditionnellement associé à Notre-Dame des Douleurs : Marie pleure la Passion et la mort de son fils. Pleurs et abondance mêlés, tel est, je crois, Septembre. Un mois du mélange et de l'équilibre : l'équi-noxe, jour et nuit, lumière et obscurité.
Ce que j'aime dans ce temps de septembre, c'est ce côté très nuancé du moment, c'est une transition où se jouent labilité, métamorphose progressive, joie et déjà nostalgie légère. C'est un mois où rien n'est lourd, c'est un mois que j'aime parce que c'est un peu le mien. C'est une période de mouvement chez les animaux : rassemblements avant les migrations, nuages en vagues d'étourneaux, activité encore vive des insectes, libellules, coccinelles et criquets.
L'équinoxe a lieu autour du 22 ou du 23 septembre. Dans certaines traditions néopaïennes contemporaines, l'équinoxe d'automne est célébré sous le nom de Mabon : on remercie la terre-mère pour les récoltes et l'abondance de la saison de lumière, et pour tous les sacrifices qui leur sont liés. C'est un moment suspendu, un moment d'équilibre et de réflexion avant l'entrée dans la saison de l'hiver. C'est un temps de préparation.
Musiques :
La Femme, « Septembre » (2016) :
https://www.youtube.com/watch?v=BbWRhJt4zuc
« Septembre », Barbara (1965) :
https://www.youtube.com/watch?v=r2S-M0OL4M0
Barbara, c'est un filet de voix très fin qui nous bouleverse. Pas besoin de tant crier dans le micro !
James Taylor, « September Grass » (album October Road, 2002)
https://youtu.be/rDlPJ13daf8
Un poème qui parle de ce côté mêlé, labile de Septembre, c'est le poème de Rainer Maria Rilke, signé du 21 septembre 1902 :
Herbsttag
Herr: es ist Zeit. Der Sommer war sehr groß.
Leg deinen Schatten auf die Sonnenuhren,
und auf den Fluren lass die Winde los.
Befiehl den letzten Früchten voll zu sein;
gib ihnen noch zwei südlichere Tage,
dränge sie zur Vollendung hin und jage
die letzte Süße in den schweren Wein.
Wer jetzt kein Haus hat, baut sich keines mehr.
Wer jetzt allein ist, wird es lange bleiben,
wird wachen, lesen, lange Briefe schreiben
und wird in den Alleen hin und her
unruhig wandern, wenn die Blätter treiben.
— Rainer Maria Rilke, Paris, 21 septembre 1902, in Das Buch der Bilder.