L’Été de la sorcière

NASHIKI Kaho, L’Été de la sorcière, trad. du japonais par Déborah Pierret-Watanabe, Arles, Éditions Picquier, coll. « Picquier poche », 2024 [1re édition française : 2021 ; édition originale japonaise : 1994].

Un très beau livre, découvert grâce à une libraire indépendante, cet été.

Ce n’est pas un livre de la rentrée littéraire puisqu’il a été publié, pour la première fois, au Japon, en 1994. Je lis souvent, en effet, en décalé la littérature contemporaine : c’est une façon de garder des choix personnels, non directement influencés par la cavalerie de la communication médiatique.

L’écriture de Nashiki Kaho fait entendre une voix calme. Elle ne crie pas, ne démontre pas. Elle nous rappelle qu’il reste la possibilité d’une vie au contact du monde : la météo changeante d’un été chargé de pluie et de soleil alternés, l’odeur de la terre et le cri des poules, la lumière des matins, les plantes qui poussent chaque jour, la cuisine des légumes du jardin. Il n’y est pas question de codes, de vérifications infinies de votre identité, ni d’enregistrement massif de l’intime.

L’intime, justement, s’y déploie derrière les haies de bambous dans le secret d’un sanctuaire créé par une petite fille japonaise, prénommée Mai, et sa grand-mère d’origine anglaise. Là, au cœur d’une nature à la fois ronde et imprévisible, Mai reprend racine et confiance en elle.

Le chemin est aussi pavé de colères, de malentendus et d’incompréhensions mais, au-delà de la vieillesse et de la mort, le dialogue d’âme à âme perdure. Cette sorcellerie est aussi celle de la littérature.

C’est un livre qui se lit, je crois, lentement. Ce n’est pas un thriller, un roman empli d’action et de fracas, mais il s’y produit peu à peu des évolutions profondes, des révélations, et une lumière soudaine, associée à la disparition, que je conseille vraiment de découvrir.

La postface est très belle, très touchante, et il me semble de mon devoir de relayer ce qu’elle chuchote à celles et ceux qui en ont besoin :

Il n’a jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui de vivre simplement, de vivre une vie simple et sincère.

La société a de plus en plus tendance à se diviser en groupes, à rechercher des leaders qui parlent d’une voix forte, à exclure ceux qui sont différents. La sincérité de la pensée individuelle est bien souvent raillée, parfois même considérée comme dangereuse.

Ce livre, je le regardais à l’époque avec une certaine appréhension en me demandant à qui il pourrait être utile, à part moi-même et aux femmes ayant une nature similaire à la mienne. Maintenant que j’ai presque l’âge de la grand-mère de Mai, c’est avec sérénité que je le vois être à nouveau publié et partir pour un autre voyage. Bon vent !

Qu’il parvienne à ceux qui en ont besoin, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, qu’il les accompagne, les soutienne et les encourage du mieux qu’il peut.

Nous n’avons pas besoin de parler d’une voix forte, nous pouvons tout à fait parler et communiquer avec une petite voix.

Que ce livre leur chuchote ce message.”

Nashiki Kaho, 2017.

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Septembre