Chercher le regain 28 juillet 2026

Écrire une éphéméride ? Écrire au fil des jours, dans l’attention à ce qui vient : une lecture, une plante, un animal, une lumière, une fête ancienne, un mouvement du ciel.

Je retrouve ces phrases de Jacques Brosse, écrites à propos de la genèse de L’Homme dans les bois :

« Du besoin que j’ai toujours eu d’une sorte de calendrier païen — païen ne voulant ici rien dire d’autre que rustique, naturel, on dirait aujourd’hui cosmique —, où, chaque jour, serait célébré un personnage, bête, plante ou pierre, qui serait notre quotidien intercesseur, comme les saints du calendrier chrétien. »

Le livre fut écrit du 24 mars au 23 mars de l’année suivante. Le 30 janvier, Jacques Brosse parle encore de l’ouvrage qu’il est en train d’écrire sous son premier titre : L’Homme des bois.

Cette idée d’un calendrier païen me poursuit. Non pas un calendrier qui prétendrait ressusciter artificiellement d’anciennes croyances, mais une manière de retrouver des présences et des rythmes : regarder ce qui pousse, ce qui meurt, ce qui revient ; laisser un animal, une plante, une pierre ou un astre devenir, pour un jour, notre messager.

Je pense aussi à Patrice Fava :

« L’influence du milieu est prépondérante sur la vie et le destin des hommes. Dire cela est un lieu commun, mais en fait, personne n’accorde la moindre attention à cette vérité fondamentale qu’ont expérimentée toutes les sociétés anciennes et qui, en Chine, a donné lieu à une théorie […]. Le fengshui. »

Nous vivons dans des lieux, mais les lieux vivent également en nous. Leur orientation, leur lumière, leurs vents, leur sécheresse, leur beauté ou leur dévastation modifient nos gestes et nos pensées. Nous ne sommes jamais séparés du milieu que nous habitons.

La pleine lune arrive demain, le 29 juillet. Puis viendra Lughnasad, la fête des premières moissons, du pain nouveau et de l’abondance au cœur même de l’été.

Mais cette année, la terre crie. Elle est sèche et elle brûle. Il y a dans l’air de la colère, des choses que les hommes voudraient brûler, et peut-être aussi une énergie du regain à retrouver : non celle d’une croissance aveugle, mais celle de ce qui repousse après la coupe.

Écrire un peu chaque jour.

Nulla dies sine linea : pas un jour sans une ligne.

Non par vaine prétention, ni pour ajouter encore du bruit au bruit, mais pour exercer son attention, participer au Tao — celui qui n’a pas de nom — et chercher un chemin, une méthode, une voie.

Peut-être cette éphéméride commencera-t-elle ainsi : sans programme véritable, sinon celui de regarder et d’écrire. Une ligne après l’autre. Au fil des jours.

À écouter

Frédéric Chopin, Fantaisie-Impromptu en ut dièse mineur, op. 66, interprétée par Dmitry Shishkin.

Références

Jacques Brosse, L’Homme dans les bois, Stock, 1976, p. 54 et p. 187. C’est nous qui soulignons.

Patrice Fava, L’Usage du Tao. Récit d’un voyage intérieur entre l’Orient et l’Occident, JC Lattès, 2018, p. 26. C’est nous qui soulignons.